Le casse-croûte tunisien, par Robert Blassin

 

Le casse-croûte tunisien, par Robert Blassin

 

Le Docteur Victor et moi, venons d’assister à une soirée post universitaire.

Le repas tardif offert à l’issue de cette soirée médicale s’éternisait en longueur.

Et que je t'apporte un médaillon de volaille froid à la sauce Gribiche…et trois pointes d'asperge perdues dans cette grande assiette.

Mon copain Victor m’apostrophe :

 

Le casse-croûte tunisien, par Robert Blassin

 

Le Docteur Victor et moi, venons d’assister à une soirée post universitaire.

Le repas tardif offert à l’issue de cette soirée médicale s’éternisait en longueur.

Et que je t'apporte un médaillon de volaille froid à la sauce Gribiche…et trois pointes d'asperge perdues dans cette grande assiette.

Mon copain Victor m’apostrophe :

– « Echma klèmi » écoute mes paroles : Ras-le-bol, on se fait un casse-croûte tunisien ?

– T'es pas cap, on se tire.

Vite, nous voici dehors, débarrassés de tout ce monde guindé se nourrissant de miettes de repas noyés dans un océan de conventions de cuisine « zââma » nouvelle.

Hop ! en voiture, direction Belleville ! la 2cv reconnaît le chemin par cœur.

A préjuger des qualités du sandwich, inutile de dire que ce cinéma nous met des litres d’eau à la bouche : rien mangé depuis midi.

Garés sur le boulevard, nous fonçons vers le casse-croûteur.

– Tu prends un pain italien ou français ?

– Ecoute j'aime bien le français, mais, une fois rempli, il ramollit comme une éponge.

–  va pour l’italien.

–  Gab, deux casse sans trop d’huile, thon de Sidi Daoud.

– C'est plus cher I

– On sait.

– Sur place ou à emporter ?

– Non, tout de suite, on s’installe.

Les mains habiles ont déjà saisi et entaillé le pain sur le côté. Le craquement de l’ouverture en confirme la fraîcheur. Il retire une partie de la mie. Maintenant, il tient d’une main le pain, exposé, apte à recevoir la succulente garniture.

– Harissa ?

– Bien sûr !

Gab est là devant son fonds de commerce. Tous ses ingrédients attendent dans les saladiers en verre. Il commence par étaler une couche de carottes écrasées. Puis précisément il organise l'installation à chaque place des acteurs du sandwich : patates, olives noires et vertes gorgées de jus, salade piquante d'artichauts cuits, « slata jiida » citron beldi, câpres, beaux poivrons rouges luisants, variantes, « torchi left », et enfin…thon ; c’est fou ce que les tunes aiment le thon.

– Beaucoup de thon !

– T'inquiète, j’y mets toute la boite !

Un filet d'huile, une cuillère d’harissa et le tour est joué.

Enfin, le casse-croûte tant rêvé envahit l’assiette tel un écrin à moitié ouvert.

– Tu bois quelque chose ?

– Une Celtia.

– Pas de problème !

Nous voici face à face Victor et moi. Les casse-croûtes sont devant nous, prêts à rendre leur dernier soupir. Le pain est heureusement craquant, lourd à souhait. En premier lieu je subtilise une olive, que je jette dans ma bouche. Celle-ci me déclenche une faim de fauve. Mais j’hésite à dévorer le sandwich fermé ou à y piquer, comme un oiseau, ce qui m’intéresse.

J'ai choisi de le manger fermé ; enfin j'essaie de le fermer, on me comprendra, il est impossible de le maintenir ainsi.

Un gros coup de dent, voici le quignon entamé. Le trop plein d’huile file dans l’assiette.

Malgré mon entraînement  ancestral, c’est fou, je ne parviens toujours pas à manger proprement : c’est tantôt une olive, une variante, des miettes de thon qui atterrissent dans l’assiette. Pas de souci, je les récupère. Un coup d'oeil sur le combat de Victor, c’est pas mieux, il est huilé jusqu’aux poignets et me regarde comme un « mekloub » Je retire un poivron ; il ne s’agit pas de l’entamer par la queue ! je goûte, super piquant ! j’ai le palais en feu, vite, une autre bouchée pour apaiser. Maintenant, ma langue reconnaît la somptueuse salade d'artichauts.

–          Vachement bon ce casse !

La bouche entièrement embouteillée, la goutte au nez, Victor ne peut répondre.

Rapidement, tout y passe.

 Zut ! il ne reste que deux ou trois bouchées ; j’achève toujours par le quignon : le dernier craquement est un rêve…une dernière gorgée de Celtia …au goulot, bien sûr !

J’ai encore faim…

– Gab, deux briks aux pommes !

– On vient de des frire, régale-toi mon fils !

Cette brik n’est pas du tout dégueu ; une giclée de  citron et elle croustille déjà sous la dent, la farce est sympa et suffisamment poivrée.

Victor, on a super bien fait de quitter cette réunion, je suis heu-reux !

On va terminer en beauté. « Ija » viens je te paie le makroud de l'amitié !

 

Robert Blassin (Meir Belhassen)


Comments

15 responses to “Le casse-croûte tunisien, par Robert Blassin”

  1.  Avatar
    Anonymous

    Au sujet du casse-croûte tunisien.
    Vous m’avez donné l’eau à la bouche. Votre article est très bien écrit. Ça fait plaisir.

  2.  Avatar
    Anonymous

    graduation
    bonjour
    je trouve que le sandwish fait vraiment rever

    1.  Avatar
      Anonymous

      Le casse croûte.
      Merci pour votre appréciation. En fait, ce qui est vécu est toujours reçu dans l’émotion. Le bon casse-croûte fera toujours rêver les tunes, mais, il faudra se battre pour éviter les contrefaçons. Cordialement. R.B.

  3.  Avatar
    Anonymous

    Ils me manquent mes sandwichs
    Ils me manquent mes sandwichs préférés! Surtout dans le tabouna (pain rond tunisien) Avec harissa et huile d’olive, escalopes, ou thon! j’en ai l’eau à la bouche!
    Un bon sandwich pour 2,600 dy (1,30€) et vous faites un bon repas complet!
    Ingrédients:
    Pain frais et croustillant(tabouna!)
    Oignons
    Salade verte
    Tomates et concombres
    olives
    harissa et huile d’olive
    Frites
    salami ou thon ou escalopes

    bon appétit m’sieurs dames!

    Martine Costa

  4.  Avatar
    Anonymous

    Vous m’avez donné
    Vous m’avez donné faim!!!!!!!!

  5. Pierrot Levy Avatar
    Pierrot Levy

    La voiture neuve
    le Victor Levy dont il parle est mon frère. Quand a lui, il s’appelle Robert Belhassen ( d’ou Blassin). Il est l’auteur d’une merveilleuse repartie:
    Nous habitions a la Cite Universitaire et un jour il vient, tout content, annonce a haute voix, qu’il a acheté une voiture, une Austin mini. Alors tout le monde le félicite et bien sur les questions, a la tune:
    tu l’as achetée neuve, tu l’as achetee neuve ???

    A quoi il repondit
    Nooooon, pas neuve, !!! mieux que neuve !!

    Pierrot Levy

  6. hamadi khammar Avatar
    hamadi khammar

    “casse-croûte tunisien” ?
    “casse-croûte tunisien” ? oui, mais “juif tunisien”, nooooooon !!! Rien ne me choque, plus que cela, moi,Mohamed (Hamadi) Khammar, qui suis tunisien, de confession musulmane, par naissance interposée, et, ès-qualité, considère que “l’autre”,les autres, Simon Bellaïche, Gérard Perez, ou Robert Cohen, sont aussi tunisiens que moi, plus, pour d’aucuns, à l’instar de l’immense patriote, Georges Adda,et sont donc “tunisiens” (avant tout), de confession juive…….
    Alors, brobbi, mettons fin à cette inqualifiable terminologie, celle de “juif tunisien”, et réservons-la au “casse-croûte”………..
    Quand je parle de mes compatriotes tunisiens, de confession juive, d’ici (Tunis) et d’ailleurs,ne serait-ce qu’une fois par semaine,pour leur souhaiter un “shabbat shalom, j’en dis : mes compatriotes, mes amis, mes frères, tunisiens, de confession juive….. (et j’en suis ému, fier et honoré)
    hamadi khammar

  7.  Avatar
    Anonymous

    cassecrout tune
    l’eau a la bouche
    ecrit comme un roman policier
    bien

  8.  Avatar
    Anonymous

    casse croute tunisien
    je ne suis pas tunisienne mais marocaine, c’est mon meilleur compagnon de voyage mon sandwich tunisien – mais avec tous les ingredients mentionnes vous avez oublie l’oeuf dur – un delice dans le sandwich –

    bon appetit

  9.  Avatar
    Anonymous

    Hummmmm
    Ah ce casse croute tunisien, ca rappelle une belle histoire à chaque bouchée, et pour chaque bouchée un goût parfumé différent de bonnes choses, et surtout le thon, le bon thon, quel régal.
    Le casse croute tunisien restera toujours le casse croute tunisien : changer un ingrédient change tout le goût.
    J’espère que nos générations futures l’adopteront comme beaucoup de nos mets d’origine tunisienne.
    C’était, ya hasra, la belle époque.
    Sinon, juste une petite observation : merci hamadi khammar pour ton chaleureux message.

  10.  Avatar
    Anonymous

    Le casse-croûte tunisien par Robert Blassin
    Le Kif, c’est le verre de Boga-Cidre frappé qu’on boit après un bon casse-croûte Tunisien. L’émotion c’est en attendant le casse-croûte. Merci Meir de nous avoir mis l’eau à la bouche… Kif Gadol.

  11.  Avatar
    Anonymous

    casse croute tunisien
    bien heureusement que le casse croute tunisien au moins lui n a pas change son nom pour se faire apprecier et accepter comme mr Blassin {enfin Belhassen}

  12.  Avatar
    Anonymous

    casse croûte tunisien
    J’ai revécu en vous lisant une partie de mon enfance que je fais aussi partager à ma fille , moitié tune et moitié ashkénaze. Elle adore le casse-croûte tunisien ainsi que les fricassés et rit beaucoup en voyant son père manger avec une fourchette et un couteau . Quel sacrilège !
    Quelle émotion aussi en mordant dans ce sandwich avec l’huile qui coule, l’harissa qui explose en bouche! Le bonheur!

    Corinne

  13.  Avatar
    Anonymous

    Ah ça donne envie!!
    Moi aussi

    Ah ça donne envie!!
    Moi aussi je kiff le casse croute tunisien et encore plus le shan tounsi avec le citron confit et felfel barabid
    Emmmm c trop bon
    Tunisienne et fière de l’être

  14.  Avatar
    Anonymous

    Le casse-croûte tunisien, par Robert Blassin
    le casse croûte tunisien est un vrai délice que seuls les gens qui ont du gout l apprécient

Leave a Reply